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La Reine morte

Henry de Montherlant

Acte I, tableau II, scène VI

 

Scène VI

 

Ferrante, Don Christobal, trois officiers du palais

 

 

Ferrante

     Don Christobal, je vous confie une mission pénible pour vous. Avec ces trois hommes de bien, vous allez arrêter sur-le-champ le personnage que j’ai pour fils. Vous le conduirez au château de Santarem, et vous l’y détiendrez jusqu’à ce que j’aie désigné qui le gardera.

 

Don Christobal

     Seigneur ! Pas moi ! Un autre que moi !

 

Ferrante

     Vous, au contraire, et nul autre que vous. Cela vous fait souffrir ? Eh bien, maintenant il faut que l’on commence à souffrir un peu autour de moi.

 

Don Christobal

     Lui que j’ai élevé…

 

Ferrante

     Et bien élevé, certes ! Un digne élève ! Et un digne fils !

 

Don Christobal

     J’atteste par le Dieu vivant que don Pedro vous révère et vous aime.

 

Ferrante

     Quand il me mépriserait, quand il aurait fait peindre mon image sur les semelles de ses souliers, pour me piétiner, quand il marche, ou quand il m’aimerait au point d’être prêt à donner pour moi sa vie, cela me serait indifférent encore. Pedro est marié à doña Inès.

 

Don Christobal

     Hélas ! Après ce qu’il m’avait dit !

 

Ferrante

     Que vous avait-il dit ?

 

Don Chrostobal

     Qu’il ne ferait jamais un mariage pareil. Déjà, il savait qu’on le raillait un peu d’avoir pour amie – pour amie seulement – une enfant naturelle. Un jour que je lui en touchais un mot, il m’avait dit : « Jamais plus vous ne devez me parler sur ce sujet. »

 

Ferrante

     Il est là tout entier. Allez, allez, en prison ! En prison pour médiocrité.

Il sort.

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