Justice et dignité humaine Proudhon
Quelques observations sur cette définition. Elle est nécessaire, et sa négation implique contradiction : si la Justice nest pas innée à lhumanité, la société humaine na pas de murs ; létat social est un état contre nature ; la civilisation, une dépravation ; la parole, les sciences et les arts des effets de la déraison et de limmoralité, toutes propositions que dément le sens commun. Elle énonce un fait, savoir que : sil y a aussi souvent opposition que solidarité dintérêts entre les hommes, il y a toujours et essentiellement communauté de dignité, chose supérieure à lintérêt. Elle est pure de tout élément mystique ou physiologique. A la place de la religion des dieux, cest le respect de nous-mêmes ; au lieu dune affection animale, dune sorte de magnétisme organique, le sentiment exalté, impersonnel, que nous avons de la dignité de notre espèce, dignité que nous ne séparons pas de notre liberté. Elle est supérieure à lintérêt. Je dois respecter et faire respecter mon prochain comme moi-même : telle est la loi de ma conscience La Justice est donc une faculté de lâme, la première de toutes, celle qui constitue lêtre social. Mais elle est plus quune faculté : elle est une idée, elle indique un rapport, une équation. Comme faculté, elle est susceptible de développement ; cest ce développement qui constitue léducation de lhumanité. Comme équation, elle ne présente rien dantinomique ; elle est absolue et immuable comme toute loi et, comme toute loi encore, hautement intelligible. Cest par elle que les faits de la vie sociale, indéterminés de leur nature et contradictoires, deviennent susceptibles de définition de lordre. De la justice dans la révolution et dans lÉglise - 1858 |
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